
La facture d’électricité des parties communes a bondi de 28% en deux ans dans votre copropriété ? Vous n’êtes pas seul. Mais avant de chercher un coupable, regardons ce qui se cache réellement derrière ce montant. Quatre paramètres déterminent ce que vous payez chaque mois : la puissance souscrite, l’option tarifaire, le type de contrat et les taxes. Certains sont optimisables. D’autres, franchement, ne le sont pas.
Les 4 paramètres en 30 secondes :
- Puissance souscrite : souvent surdimensionnée, elle gonfle l’abonnement de 150 à 400€/an inutilement
- Option tarifaire : Base ou Heures Creuses, l’écart peut atteindre 480€/an selon votre profil
- Type de contrat : TRV ou offre de marché, le choix dépend de votre puissance compteur
- Taxes et TURPE : environ 30% de la facture, quasi incompressibles mais à comprendre
Ce qui m’étonne toujours chez les syndics que j’accompagne, c’est la surprise quand on leur montre que le prix du kWh n’est qu’une partie de l’équation. L’abonnement, les taxes, le profil de consommation : tout joue. Décortiquons ensemble ces quatre leviers, du plus impactant au moins négociable.
Ce guide s’appuie sur les tarifs en vigueur en mars 2026 et sur mon expérience terrain auprès de copropriétés en région lyonnaise. Les montants peuvent varier selon votre situation géographique et la taille de votre immeuble.
Points clés abordés
- La puissance souscrite : le paramètre le plus souvent surdimensionné
- Option Base ou Heures Creuses : comment trancher selon votre profil
- Tarif réglementé ou offre de marché : le vrai impact sur votre facture
- Taxes et TURPE : la part incompressible (ou presque) de votre facture
- Vos questions sur le prix du kWh en copropriété
La puissance souscrite : le paramètre le plus souvent surdimensionné
Dans mon activité de conseil en énergie auprès de copropriétés en région lyonnaise (environ 80 dossiers par an depuis 2022), je constate que la puissance souscrite est souvent surdimensionnée. Sur les dossiers traités, cette erreur génère un surcoût d’abonnement de 150 à 400€/an. Ce constat est limité à mon périmètre géographique et peut varier selon la taille de la copropriété et les équipements collectifs.
Pourquoi ce surdimensionnement ? Historiquement, l’installateur prévoyait large pour éviter les disjonctions. Sauf que depuis, l’éclairage LED a remplacé les tubes néons, et l’ascenseur modernisé consomme deux fois moins. Résultat : vous payez un abonnement calibré pour des besoins qui n’existent plus.
Le principe est simple. Plus la puissance en kVA est élevée, plus l’abonnement grimpe. Et cette part fixe, vous la payez que vous consommiez ou non. Voici ce que ça donne concrètement pour une copropriété au tarif réglementé en option Base :
| Puissance (kVA) | Abonnement annuel TTC | Écart vs 6 kVA |
|---|---|---|
| 6 kVA | 166,92 € | Référence |
| 9 kVA | 211,44 € | +44,52 € |
| 12 kVA | 254,28 € | +87,36 € |
| 18 kVA | 353,04 € | +186,12 € |
| 36 kVA | 620,64 € | +453,72 € |
Franchement, passer de 12 à 9 kVA quand le besoin réel le permet, c’est récupérer 43€ par an sans rien changer à vos habitudes. Multiplié par dix ans de copropriété, le calcul parle de lui-même.

La question à vous poser : quand avez-vous fait vérifier l’adéquation entre votre puissance souscrite et vos besoins réels ? Si la réponse est « jamais » ou « à la construction de l’immeuble », il est peut-être temps de regarder de plus près votre contrat d’électricité copropriété avec un œil neuf.
Option Base ou Heures Creuses : comment trancher selon votre profil
Deuxième paramètre, deuxième source de confusion. L’option tarifaire détermine si vous payez le même prix du kWh toute la journée (Base) ou si vous bénéficiez de tarifs réduits pendant 8 heures nocturnes (Heures Creuses).
Mon avis, qui n’engage que moi : trop de copropriétés restent en option Base par défaut, sans jamais se poser la question. Or, si votre éclairage des communs fonctionne principalement le soir et la nuit, ou si vous avez un système de ventilation qui tourne en continu, les Heures Creuses peuvent faire la différence.
Base ou Heures Creuses : quel choix pour votre copropriété ?
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Votre consommation est-elle concentrée sur les plages 22h-6h ?
Si oui (éclairage nocturne, ventilation permanente), l’option Heures Creuses est probablement pertinente. Si non, restez en Base.
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Avez-vous des équipements programmables ?
Un système de chauffage ou ventilation programmable permet de décaler la consommation vers les heures creuses. Sans programmation, le bénéfice est limité.
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Votre copropriété est-elle occupée de façon constante ?
Une résidence principale avec ascenseur sollicité toute la journée consomme beaucoup en heures pleines. Une résidence secondaire avec peu de passages diurnes gagne à passer en HC.
Pour vous donner une idée concrète, voici un cas que j’ai traité l’année dernière et qui m’a marqué.
Comment cette copropriété lyonnaise a économisé 480€/an
J’ai accompagné une copropriété de 45 lots à Villeurbanne, gérée par un syndic bénévole. Suite à une hausse des charges de 35%, le président du conseil syndical m’a contacté pour un audit. En analysant leur facture, j’ai constaté qu’ils étaient en option Base alors que l’éclairage des communs (minuteries réglées sur détection) fonctionnait principalement entre 19h et 7h, en plein dans les plages d’heures creuses de leur secteur.
Le passage en option Heures Creuses/Heures Pleines a généré une économie de 480€/an, sans aucun investissement. Le seul effort : une demande de modification auprès du fournisseur, gratuite et effective sous 15 jours.
Attention toutefois. Les plages d’heures creuses sont définies par Enedis et varient selon votre commune. Vérifiez sur votre facture ou auprès de votre gestionnaire de réseau avant de prendre une décision.

Tarif réglementé ou offre de marché : le vrai impact sur votre facture
Troisième paramètre, et pas des moindres. Le type de contrat que vous avez signé détermine la structure tarifaire qui s’applique à votre copropriété.
Soyons clairs. Si votre compteur ne dépasse pas 36 kVA, vous avez le choix. Vous pouvez rester au tarif réglementé de vente (TRV), aussi appelé Tarif Bleu EDF, ou passer à une offre de marché auprès d’un fournisseur alternatif. Selon la CRE en 2026, les syndicats de copropriétaires avec puissance souscrite ≤36 kVA peuvent encore souscrire aux TRVE.
En revanche, si votre puissance dépasse 36 kVA (cas des grandes copropriétés avec chauffage collectif électrique ou parking souterrain ventilé), vous n’avez pas le choix. Vous devez souscrire une offre de marché. Cette obligation existe depuis 2016.
L’accise sur l’électricité en 2026 : elle est fixée à 30,85 €/MWh à partir du 1er février 2026 pour les particuliers et assimilés (dont les copropriétés ≤36 kVA). Cette taxe s’ajoute au prix du kWh et à l’abonnement.
La vraie question n’est pas « TRV ou marché ? » mais « ai-je intérêt à bouger maintenant ? ». Pour anticiper les évolutions réglementaires, je vous recommande de consulter les analyses sur la fin du tarif réglementé en copropriété qui détaillent les scénarios possibles.
Voici la timeline typique d’un changement de fournisseur en copropriété, basée sur les délais que je constate sur le terrain :
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Analyse comparative des offres (seul ou avec courtier) -
Présentation des devis en conseil syndical -
Vote en assemblée générale (majorité article 24) -
Notification de résiliation au fournisseur actuel -
Effectivité du nouveau contrat
Comptez donc entre trois et cinq mois entre la première analyse et le basculement effectif. Un délai à intégrer si vous visez une optimisation avant le prochain exercice comptable.
Taxes et TURPE : la part incompressible (ou presque) de votre facture
Quatrième et dernier paramètre. Celui que beaucoup de syndics découvrent avec résignation : les taxes et le TURPE représentent environ 30% de votre facture. Et contrairement aux trois premiers paramètres, les marges de manœuvre sont limitées.
Ces composantes sont quasi incompressibles : Le TURPE (Tarif d’Utilisation des Réseaux Publics d’Électricité) finance l’acheminement. Les taxes (accise, CTA, TVA) sont fixées par l’État. Vous ne négociez ni avec Enedis, ni avec le législateur.
La délibération CRE du 15 janvier 2025 a acté une évolution exceptionnelle du TURPE 6 HTA-BT de +7,70% au 1er février 2025. Cette hausse s’explique par l’apurement d’un compte régulateur de plus de 2,3 milliards d’euros. Des mouvements similaires sont prévus pour le TURPE 7 en août 2026, 2027 et 2028.
Cela dit, il existe une marge d’optimisation méconnue. Selon votre profil de consommation, vous pouvez être éligible à différentes versions du TURPE (Longue Utilisation, Moyenne Utilisation, Courte Utilisation). Une copropriété occupée toute l’année avec consommation régulière gagne parfois à opter pour la version LU. C’est technique, et franchement, ça relève du conseil expert plutôt que du bricolage.
Côté taxes, une piste existe pour certaines copropriétés : la récupération des taxes CSPE et TICFE dans des cas spécifiques. Mais attention aux conditions d’éligibilité.

Concernant les CEE (Certificats d’Économies d’Énergie), les données 2026 sur les CEE indiquent que l’enveloppe dépassera 8 milliards d’euros. Ces certificats financent les travaux de rénovation énergétique, mais leur coût est répercuté sur les factures. L’obligation d’économies d’énergie a d’ailleurs augmenté de 27% pour cette sixième période.
Mon conseil : plutôt que de vous épuiser sur les taxes incompressibles, concentrez vos efforts sur les trois premiers paramètres. Et si vous souhaitez aller plus loin dans l’optimisation, regardez du côté d’une stratégie d’achat d’énergie par clics pour lisser les risques de volatilité tarifaire.
Vos questions sur le prix du kWh en copropriété
Quelle est la différence entre tarif réglementé et offre de marché pour une copropriété ?
Le tarif réglementé (TRV ou Tarif Bleu EDF) est fixé par les pouvoirs publics sur proposition de la CRE. Il est révisé deux fois par an, en février et août. Les offres de marché sont proposées par des fournisseurs alternatifs avec des prix librement fixés : indexés sur le TRV, fixes sur plusieurs années, ou à prix variable. Les copropriétés avec compteur ≤36 kVA ont le choix entre les deux.
L’option Heures Creuses est-elle vraiment avantageuse pour les parties communes ?
Ça dépend. L’option HC est intéressante si une part significative de votre consommation (au moins 35-40%) se situe pendant les 8 heures creuses définies par Enedis. Pour un éclairage de communs avec minuteries nocturnes ou une ventilation permanente, c’est souvent pertinent. Pour un ascenseur sollicité toute la journée, beaucoup moins.
Comment se passe concrètement un changement de fournisseur en copropriété ?
Le changement nécessite un vote en assemblée générale à la majorité de l’article 24 (majorité des voix exprimées). Le syndic doit présenter plusieurs devis comparatifs. Une fois le vote acquis, le nouveau fournisseur se charge de la résiliation auprès de l’ancien. Comptez 30 à 45 jours pour l’effectivité du nouveau contrat après le vote.
Un courtier en énergie, ça sert vraiment pour une copropriété ?
Pour une copropriété standard avec compteur ≤36 kVA, le gain d’un courtier dépend de la complexité de votre situation. Pour les grandes copropriétés (>36 kVA) obligées de passer par le marché, ou pour des cas particuliers (horaires atypiques, sites multiples), l’accompagnement expert fait généralement gagner du temps et évite les erreurs de dimensionnement.
Peut-on vraiment réduire la part des taxes sur la facture ?
Les taxes sont fixées par l’État et le TURPE par la CRE. Les marges de manœuvre directes sont quasi nulles. En revanche, certains cas permettent de récupérer des trop-perçus (CSPE, TICFE) et le choix de la version TURPE peut optimiser la facture pour certains profils. Mais soyons honnêtes : l’essentiel des économies se fait sur les trois premiers paramètres, pas sur les taxes.
La prochaine étape pour votre copropriété
Votre plan d’action immédiat
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Récupérez votre dernière facture d’électricité des parties communes et identifiez la puissance souscrite actuelle
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Vérifiez si vous êtes en option Base ou Heures Creuses, et comparez avec vos horaires réels de consommation
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Si votre compteur dépasse 36 kVA, demandez au moins trois devis comparatifs pour le prochain conseil syndical
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Inscrivez le sujet « optimisation contrat électricité » à l’ordre du jour de la prochaine AG si une action est justifiée
Plutôt que de subir la prochaine hausse tarifaire, posez-vous cette question : parmi ces quatre paramètres, lequel n’a jamais été revu dans votre copropriété ? C’est probablement par là qu’il faut commencer.
Précisions sur les tarifs et paramètres 2026 : Les tarifs mentionnés sont ceux en vigueur en mars 2026 et peuvent évoluer lors des révisions semestrielles de la CRE. L’optimisation tarifaire dépend du profil de consommation spécifique de chaque copropriété. Tout changement de contrat ou de fournisseur nécessite un vote en assemblée générale. Pour un conseil personnalisé, consultez un courtier en énergie ou un conseiller spécialisé copropriétés.